Note : 65,00/100

F1® Le film

Silhouette du pilote Sonny Hayes (Brad Pitt) debout devant sa monoplace Apex GP sur un circuit, avec un ciel de coucher de soleil orange intense en arrière-plan.
Brad Pitt incarne Sonny Hayes, un pilote vétéran de retour sur la grille, aux côtés de sa monoplace Apex GP.

Après les faubourgs d’Amiens, nous voici sur la grille de départ de Silverstone. Joseph Kosinski, le géniteur de Top Gun: Maverick, nous avait promis l’immersion totale, la sueur et le bitume chaud. Résultat ? Si j’osais la métaphore, je dirais que nous avons affaire à une fringante Dodge Viper, bête mécanique toute en fougue et en pétarade, dont le grondement sourd vous saisit aux entrailles. Sur la forme, c’est un tour de force d’une belle venue, puissant et trépidant. Sur le fond ? L’on frôle à tout instant le tête-à-queue scénaristique qui, en deux coups de volant mal avisés, vous enverrait valdinguer hors des limites de la piste.

L’Immersion : Enfin de la vraie gomme, mille sabords !

Ne boudons point notre liesse : voir les vraies écuries, les vrais seigneurs du paddock et les vrais pilotes mêlés à cette fiction, voilà qui confère à l’entreprise une crédibilité de bon aloi. Le film se drape dans une saison réelle comme un dandy dans sa houppelande, et l’on sent l’aérodynamisme, l’on vit le stand, l’on vibre avec les ingénieurs tels des garnements devant un feu d’artifice.

C’est propre, c’est net, c’est du beau spectacle de foire… jusqu’à ce que le scénario décide, en son for intérieur, de rouler allègrement sur les vibreurs, quitte à frôler l’accident. Que la FIA vienne à reluquer de trop près les techniques employées en course, et l’on imagine sans peine les huissiers débarquer en grande pompe, drapeau noir au poing. Trois voitures de sécurité provoquées par Hayes ? Des coups de volant dignes d’un galibot aviné pour ralentir ses rivaux ? Voilà qui dépasse l’entendement, et reste sur l’estomac comme un repas de basse-cour. Toutefois, l’idée de stratégie collective demeure une approche de bon goût qu’il serait malséant de chagriner sans vergogne, car trop chichement aperçu chez les vrais pilotes, ou du moins pas fort peu colportée par les chroniqueurs et bonimenteurs sportifs de notre siècle.

Joshua Pearce : L’outrecuidance en pole position

Le duel entre le vieux briscard (Brad Pitt, qui reste impeccable, quoiqu’on le sente parfois songer à quelque lointaine villégiature) et le jeune loup (Damson Idris, alias Joshua Pearce) se voulait le cœur battant du métrage. Las !

Les poncifs y pullulent à la façon de mauvaises herbes en jachère, et l’on ne tarde guère à reconnaître la vieille rengaine ressassée depuis la nuit des temps : la fougue juvénile et les prestiges tapageurs de la technologie flambant neuve affrontant la sagesse bourrue du terrain, acquise à force de labeur, de coups de tabac et de sueur de bon sens.

Joshua est d’une arrogance à faire tourner le lait. Son caquet n’est jamais tempéré par la moindre once de sympathie, et ce, même après son accident façon chevalier désarçonné (petite pensée à Romain Grosjean sur cette scène). On a plutôt envie de le voir finir dans le bac à sable que sur le podium fleuri. Un personnage de cette farine-là, ça lasserait un moine.

La romance : L’Arrêt au stand qui n’en finit point

S’il est une règle d’or dans ce genre de production, c’est apparemment de ficeler une romance à la hussarde, quand bien même elle n’aurait ni queue ni tête. La bluette entre Hayes et la brillante Kate McKenna est le prototype même du remplissage inutile, le calfatage d’un scénario percé. Non seulement cela n’apporte rien à l’intrigue, pas plus qu’un cautère sur une jambe de bois, mais cette toquade transforme une cheffe d’écurie de belle prestance en oie blanche attendant les bons offices du « mâle dominant » pour comprendre l’aérodynamisme de son propre bolide.

C’est d’un sexisme gourdi et involontaire qui plombe la crédibilité professionnelle du film de fort belle manière. Nous étions venus pour de la F1, mordieu, pas pour quelque feuilleton sentimental de bas étage dans un paddock fleurant l’huile de moteur.

Verdict : Un final haletant

Heureusement, Kosinski sait filmer, et c’est là son brevet de noblesse. Le final de F1 est un pur shoot d’adrénaline qui vous empoigne aux tripes. C’est haletant, c’est joliment tourné et, quand bien même le dénouement se devine à des lieues à la ronde, on se laisse porter par la tension comme feuille morte au gré du zéphyr. C’est l’unique moment où le film réussit l’exploit de nous faire oublier ses personnages de carton-pâte pour nous river à notre baquet.

❤️ L’immersion, avec l’odeur du paddock
❤️ La réalisation lors des courses

💔 L’histoire d’amour entre Brad Pitt (Sonny Hayes) et Kerry Condon (Kate McKenna), inutile et contre-productive
💔 Les ficelles scénaristiques déjà vu et revu
💔 Un petit manque de profondeur des personnages

Note : 65,00/100

Visuellement, c’est un podium assuré et fringant ; scénaristiquement, c’est une petite sortie de route par manque d’attention, grevé d’une romance saugrenue et d’un coéquipier à faire damner un saint.


ProductionCopper
Dawn Apollo Films
Jerry Bruckheimer Films
Plan B Entertainment
RéalisationJoseph Kosinski
ScénarioJoseph Kosinski
Ehren Kruger
Sortie2025
Leave a Comment

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *