Note : 70,67/100

Fast Color (Le Tourbillon de Couleurs)

Trois femmes de trois générations différentes, interprétées par Lorraine Toussaint, Saniyya Sidney et Gugu Mbatha-Raw, assises autour d'une table en bois dans une cuisine rustique.
Le trio viscéral composé de Lorraine Toussaint, Saniyya Sidney et Gugu Mbatha-Raw, cœur battant de Fast Color.

Fast Color, le film de super-héros qui refuse d’en être un. Brillant sur l’intention, parfois trop sage sur la forme.

Oubliez les effets spéciaux pléthoriques. Ici, ça tremble de l’intérieur.

Sorti discrètement en 2018, Fast Color (ou Le Tourbillon de Couleurs) mérite pourtant d’être vu et est un film qui n’a pas joué le jeu, ni celui des studios, ni celui du public habitué aux grandes orgues de la destruction de masse. Julia Hart, la réalisatrice, a fait autre chose. Quelque chose de plus petit, de plus têtu, de plus honnête.

L’histoire : Ruth, jouée par Gugu Mbatha-Raw, est une femme traquée pour ses capacités sismiques destructrices. On est dans un futur proche asséché par plusieurs années de sécheresse. Mais Fast Color n’est pas un film catastrophe, c’est un drame de filiation, une histoire de mère, de fille et de grand-mère qui apprennent à nouveau à se parler. Le genre science-fiction n’est qu’un habillage, et c’est précisément là que le film gagne et perd à la fois.

Les pouvoirs de Ruth ne sont pas un don. Ce sont des émotions trop longtemps ravalées qui cherchent une sortie.

Une métaphore qui tient la route

Ce qui frappe d’emblée, c’est la cohérence du projet. Julia Hart et son co-scénariste Jordan Horowitz ont construit une allégorie solide : la sécheresse qui ravage ce monde n’est que le reflet d’une civilisation incapable de ressentir. Ruth tremble littéralement quand ses émotions débordent. Les scientifiques gouvernementaux qui la traquent cherchent à contrôler ce qui ne se contrôle pas. La ferme familiale isolée devient un sanctuaire où trois générations de femmes doivent apprendre à se parler pour que la magie redevienne viable.

C’est une idée forte, portée avec conviction. Et le trio Mbatha-Raw / Lorraine Toussaint / Saniyya Sidney la fait exister. L’alchimie entre elles est réelle, organique. Toussaint en particulier – impériale, taisеuse, protectrice jusqu’à l’étouffement – offre une performance qu’on n’oublie pas facilement. Leurs retrouvailles sont une thérapie de groupe. Une reconquête d’identité. Et c’est bien plus intéressant qu’un simple film de science-fiction ou de super-héros.

Une photographie sublime

Michael Fimognari signe une photographie terreuse, crépusculaire, presque étouffante. On sent la poussière. On ressent la chaleur sèche. On vit les grands espaces vides. La direction artistique refuse toute esbroufe et c’est une décision courageuse, surtout pour un film avec des pouvoirs surnaturels au programme. Le contraste entre cette grisaille omniprésente et l’explosion chromatique finale n’en est que plus saisissant.

Mais le rythme, lui, est une autre affaire et pourra peut-être déplaire. Le film est très contemplatif – moi, j’adore ! -. Julia Hart veut qu’on ressente la poussière. Mais pour certains, quelques séquences donneront l’impression de s’étirer au-delà du nécessaire, comme si le film avait peur d’aller trop vite vers sa propre conclusion. Ce refus du rythme peut se lire comme un choix artistique assumé. Il peut aussi faire décrocher. Les deux lectures sont honnêtes, et la vôtre dépendra probablement de votre tolérance à la contemplation.

Verdict : une belle œuvre contemplative et sincère

Fast Color est un film que je respecte davantage que je ne l’ai aimé, et c’est un sentiment parfaitement valable. L’intention est noble, l’exécution souvent réussie, le casting impeccable. Julia Hart prouve que le film de super-héros peut raconter autre chose, et ça, c’est une victoire en soi dans un paysage saturé de CGI et de destructions de métropoles.

Le résultat est une œuvre sincère, parfois bouleversante, mais dont le rythme pourra finit par éroder l’impact pour certains spectateurs. Cela reste un film qui vaut le détour, surtout si vous êtes venu chercher de l’émotion brute plutôt que de l’adrénaline. Juste ne vous attendez pas à en sortir le souffle coupé.

Dernière chose, le film laisse volontairement dans le flou les origines de la sécheresse et la nature scientifique de l’aridité du monde. Un choix qui colle avec l’approche intimiste mais qui peut frustrer ceux qui attendent un minimum de cohérence dans la construction du world-building.

En 2019, une série télévisée adaptée du film était en développement chez Amazon Studios. A ce jour, en février 2026, le projet n’avait toujours pas abouti. A suivre donc…

❤️ Le trio Mbatha-Raw / Toussaint / Sidney, viscéral et juste
❤️ La métaphore émotionnelle, tenue du début à la fin
❤️ La photo de Fimognari, terreuse, belle, austère

💔 Le world-building laissé volontairement dans l’ombre
💔 Certains effets spéciaux (l’explosion de couleurs finales)

Note : 70,67/100

Loin des blockbusters standardisés, Fast Color réinvente le film de super-héros en un drame générationnel poignant, organique et sincère.


ProductionCodeblack Films
LD Entertainment
Original Headquarters
RéalisationJulia Hart
ScénarioJulia Hart
Jordan Horowitz
Sortie2018

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