Note : 41,67/100

Super Mario Galaxy Le Film

Image tirée du film d'animation Super Mario Galaxy, montrant Mario et Luigi, les deux personnages principaux avec leurs moustaches et leurs casquettes respectives (rouge et verte). Ils regardent vers le bas un petit Bowser avec sa carapace à épines verte. La scène se déroule dans une pièce élégante avec des ornements architecturaux et un grand miroir doré visible à l'arrière-plan.
Mario et Luigi regardent avec curiosité et appréhension Mini Bowser dans une scène du film Super Mario Galaxy.

Super Mario Galaxy Le Film : Attraction 4DX ou Cinéma ?

On nous avait promis les étoiles, on a eu droit à la centrifugeuse. En s’alliant à Illumination pour propulser Mario dans le cosmos, Nintendo ne fait plus du cinéma : la firme japonaise a monté une attraction de fête foraine bruyante, frénétique et cynique. Entre agression sensorielle en 4DX et fan-service sous vide, récit d’un naufrage galactique qui laisse les enfants en larmes et les parents sur la paille. Je m’explique.

Il fut un temps où l’adaptation d’un jeu vidéo au cinéma tentait de raconter une histoire, aussi maladroite fût-elle. Mais ça, c’était avant. Avec Super Mario Galaxy Le Film, sorti triomphalement au printemps 2026 et déjà auréolé de son statut de futur mastodonte milliardaire au box-office, Shigeru Miyamoto et Chris Meledandri ont définitivement acté une transition historique : la mort du film en tant qu’œuvre, au profit du produit d’appel érigé en manège.

En propulsant Mario, Luigi et la Princesse Peach aux confins de l’univers pour sauver Harmonie des griffes d’un Bowser Jr. aux ambitions de destructeur de mondes, le tandem nippo-américain avait pourtant de l’or entre les mains. L’exploration cosmique, le deuil enfoui de la mystérieuse gardienne des étoiles, la promesse d’une poésie spatiale bercée par les orchestrations divines de Brian Tyler réinterprétant les compositions de Mahito Yokota… Tout était méticuleusement réuni pour transcender le banal carton-pâte du premier volet de 2023. Mais la vaste illusion s’effondre dès le générique d’ouverture.

La presse, taxée de snobisme insupportable par Miyamoto lui-même, s’étrangle face à un vertige sans la moindre substance. Le public, lui, se rue dans les salles obscures en rangs serrés, fasciné par les lumières stroboscopiques d’un grand écran purement devenu la vitrine étincelante du nouveau Nintendo Cinematic Universe. Et au beau milieu de ce vacarme assourdissant, le spectateur exigeant, le vrai, encaisse les coups avec amertume.

Prenez votre souffle ! Here We Go !

Brisons immédiatement le mirage narratif : Super Mario Galaxy Le Film n’a absolument rien d’un film. Sous la houlette mécanique de Matthew Fogel au scénario, et du duo Aaron Horvath et Michael Jelenic à la réalisation, ce long-métrage de 98 minutes expédie sa narration avec la délicatesse chirurgicale d’un marteau-piqueur. Le fameux Boomsday Device de Bowser Jr. menace d’anéantir l’univers entier ? Qu’importe l’enjeu, on fonce.

Harmonie, alias Rosalina pour les puristes, est retenue captive ? Un vulgaire détail d’arrière-plan. Même la révélation prétendument bouleversante faisant soudainement de Peach et d’Harmonie deux sœurs biologiques est balayée d’un revers de la main indigné, jetée en pâture au public complaisant comme une vulgaire ligne de dialogue destinée à cocher la case du concept de sororité à la mode hollywoodienne.

Nous sommes ici face à l’anti-cinéma dans toute sa splendeur pathétique : aucun temps mort n’est toléré, aucun développement de personnage n’est esquissé, aucune respiration n’est accordée. Les figures emblématiques ne vivent pas, elles transitent frénétiquement d’un tableau bariolé à un autre, d’une galaxie scintillante à la suivante, reproduisant à la perfection la mécanique impitoyable et expéditive d’un speedrun énervé sur Twitch.

On est embarqué dans une aventure qui fonce et survole, mais il faut tout de même admettre que l’animation façonnée par les studios parisiens d’Illumination est bluffante de fluidité technique et de virtuosité cinétique.

Mais à quoi peut bien servir un tel vernis esthétique rutilant s’il n’abrite au fond qu’une affligeante coquille vide ?

Une magnifique coquille vide. Magnifique ! Mais vide.

L’âme intrinsèquement mélancolique d’Harmonie est ici froidement sacrifiée sur l’autel du rythme hyperactif. La cinématique expédiée qui était censée raconter son passé émouvant est noyée sans vergogne dans un déluge écœurant de couleurs saturées et d’effets visuels et physiques qui tuent dans l’œuf toute tentative d’émotion véritable.

Il s’agit là d’un cynisme industriel absolu : on simule grossièrement la profondeur psychologique pour mieux emballer et vendre une superficialité galopante. C’est précisément ici qu’intervient la dimension profondément viscérale, voire agressive, de la projection cinématographique, dramatiquement exacerbée par la prolifération des formats premium comme l’enfer de la technologie 4DX.

Le cinéma, jadis perçu comme le temple respecté de la contemplation artistique ou du divertissement majestueusement maîtrisé, mute sous nos yeux effarés en une séance de torture volontaire et monétisée. Payer un supplément indécent pour se faire littéralement tabasser par son propre fauteuil rembourré pendant une heure et demie n’a strictement plus rien d’une expérience cinématographique.

Le sale gosse de derrière érigé au rang de nouvelle attraction à la pointe

Autrefois, le summum du désagrément en salle obscure consistait simplement à supporter stoïquement les coups de pied aléatoires d’un gamin turbulent dans le dossier de son siège. Aujourd’hui, on débourse sans sourciller près de 25 euros la place pour qu’une machine industrielle accomplisse cette basse œuvre punitive avec une précision diabolique et millimétrée.

Les rafales de vent factice, les giclées d’eau glacée de la pluie artificielle, les secousses brutales à chaque bond planétaire du plombier moustachu ; l’intégralité de ce dispositif abrutissant est malicieusement conçue pour occulter le vide abyssal du scénario par le biais d’une surcharge sensorielle permanente et exténuante.

Le pire constat dans cette affaire ? Ce n’est absolument pas un regrettable accident de parcours, c’est l’essence même du cahier des charges de la production. Les têtes pensantes d’Illumination et de Nintendo ne filment plus de scènes de cinéma, ils dessinent des manèges de parcs à thème virtuels, compilant frénétiquement les stimuli agressifs pour empêcher le cerveau engourdi du spectateur de se rendre compte, l’espace d’une seconde, qu’on est tout simplement en train de lui projeter une publicité interactive géante.

Dans cette monstrueuse essoreuse à pop-corn calibrée, l’humanité n’a définitivement plus le droit de cité.

Un film pour les enfants ?

Mais la véritable tragédie inavouable de ce Super Mario Galaxy Le Film réside paradoxalement dans le traitement infligé à son propre public cible : les jeunes enfants innocents. Sous son séduisant vernis rassurant de grand divertissement familial inoffensif, l’objet hybride de Horvath et Jelenic se révèle en réalité être une épreuve de force redoutablement éprouvante pour les nerfs fragiles des plus petits.

Le rythme global de l’œuvre est si effréné, la bande-son épique de Brian Tyler, bien que majestueuse, est si écrasante, et les séquences d’action s’enchaînent de manière si assourdissante, que l’expérience colorée tourne brutalement au cauchemar éveillé pour une frange du jeune auditoire.

Et ce n’est pas exagéré ! Lors du visionnage, dès les toutes premières minutes du film, une petite fille a fui précipitamment la salle, viscéralement apeurées par ce rouleau compresseur visuel et sonore impitoyable. Des enfants anxieux cramponnés à leurs accoudoirs vibrants, implorant presque du regard leurs géniteurs désemparés pour que ce déluge kaléidoscopique cesse enfin.

C’est le comble absolu pour une franchise historique qui s’est pourtant bâtie au fil des décennies sur des piliers fondamentaux tels que la bienveillance ludique et l’accessibilité universelle.

Ce film – en 4DX – s’apparente à une trahison crasse de l’ADN pur de Nintendo : il brutalise sournoisement les enfants sous l’odieux prétexte de les éblouir visuellement.

Les parents, piégés dans les fauteuils adjacents, se retrouvent alors contraints et forcés d’inventer du sens artificiel a posteriori. Ils se mettent à bricoler de toutes pièces une jolie morale humaniste sur la force pure et salvatrice de l’amour fraternel afin de rassurer leurs bambins déboussolés à la sortie du complexe, colmatant pathétiquement comme ils le peuvent les immenses brèches d’une œuvre déshumanisée qui n’a fondamentalement rien à offrir sur le plan strictement émotionnel.

Le sacro-saint happy-end convenu, accompagné de ses mignonneries mercantiles de circonstance, agit alors comme un dérisoire sparadrap apposé sur une fracture ouverte et saignante : l’enfant terrorisé et déboussolé finit par esquisser un vague sourire à la toute fin pour faire bonne figure, mais la lourde épreuve psychologique et sensorielle qu’il vient de traverser de bout en bout est infiniment éloignée du joyeux moment de partage intergénérationnel béatement promis sur l’affiche promotionnelle.

Une attraction publicitaire pour vieux gamers nostalgiques

Alors, face à ce constat accablant, une question essentielle demeure en suspens : pour qui ce film épileptique a-t-il véritablement été manufacturé ? La réponse implacable apparaît petit à petit au cours du visionnage : pour le gamer nostalgique vieillissant, méticuleusement transformé en un vulgaire consommateur de flux captif et docile.

Le déclencheur nostalgique définitif : l’apparition surprise du pilote Fox McCloud qui agit exactement comme l’hameçon ultime d’un système hollywoodien redoutablement efficace et prédateur.

En amorçant de manière aussi brutale qu’opportuniste son tout nouveau Nintendo Cinematic Universe interconnecté, le roublard Shigeru Miyamoto s’achète illico presto l’indulgence aveugle d’une immense génération de trentenaires et de quadragénaires qui voient soudainement ressurgir sur toile de fond les fantômes pixélisés de leur défunte Super Nintendo ou de leur chère Nintendo 64.

On se surprend stupidement à esquisser un sourire niais face aux clins d’œil furtifs mais calculés adressés aux créatures Pikmin, on frissonne d’une excitation pavlovienne à l’entente fugace d’un effet sonore connu, on laisse mélancoliquement remonter à la surface les lointains souvenirs du salon familial enfumé d’il y a plus de vingt ans.

Mais soyons totalement lucides un instant, ce fan-service outrancier est d’une perversité absolue : il vient purement et simplement compenser la vacuité et l’absence totale de proposition de véritable mise en scène de cinéma. Le film boiteux ne parvient à aucun moment à tenir debout par la simple force de sa propre narration, il ne survit péniblement dans l’esprit du public que grâce à la robuste béquille réconfortante de notre propre enfance collective enfouie sous le poids des années.

Et la froide stratégie financière des exécutifs est d’une lucidité effroyable : ils savent pertinemment qu’à la moindre annonce grandiloquente du prochain film Star Fox, malgré le fait indiscutable d’avoir décelé la vacuité abyssale et le vide intersidéral de ce Mario Galaxy, malgré la fatigue oculaire, malgré le traumatisme vibratoire de la salle 4DX et le racket financier organisé au guichet des multiplexes, nous retournerons tous invariablement à la caisse pour racheter une place de cinéma hors de prix.

Curiosité maladive inhérente à l’être humain ? Désir irrépressible et pathétique de reconnecter artificiellement avec la pureté fantasmée de notre âme d’enfant innocente ?

Qu’importe le véritable motif psychologique sous-jacent, la firme Nintendo nous tient désormais fermement en otage par le biais de nos sentiments les plus intimes. Elle sacrifie allègrement sur l’autel du profit massif l’expérience cinématographique originelle ainsi que l’équilibre psychique des plus petits spectateurs.

Et dans sa tour d’ivoire, Miyamoto peut bien continuer à fustiger la presse spécialisée exigeante : tant que ce redoutable piège de la nostalgie systémique fonctionnera à merveille, la monstrueuse usine à manèges animés continuera de tourner à plein régime, crachant ses néons aveuglants, jusqu’à provoquer notre écœurement culturel le plus total et irréversible.

Mon verdict

Je dois bien l’avouer, mon jugement est profondément teinté d’une amertume très personnelle, celle d’un père qui souhaitait humblement partager un moment de cinéma magique avec ses deux jeunes filles de 7 et 9 ans.

Pour marquer le coup de cette sortie familiale tant attendue, nous avons naïvement tenté l’expérience 4DX.

Grave erreur d’appréciation. Ce n’était soudainement plus du septième art, c’était un véritable tabassage en règle facturé à la somme indécente de 75 euros pour nous quatre.

Durant toute la projection, j’ai eu l’impression tenace et hautement désagréable d’être lourdement coincé dans un manège défectueux de fête foraine, priant intérieurement le ciel pour que ce stupide fauteuil motorisé arrête enfin de me secouer les vertèbres.

Plus grave et alarmant encore, le long-métrage s’est révélé d’une rare violence sensorielle pour le public enfantin. Ma plus jeune fille, courageuse mais manifestement terrorisée par ce rythme stroboscopique insoutenable et ces hurlements constants, a pensé à plusieurs reprises à fuir et quitter la salle. Une autre fillette, à peine plus âgée, l’a fait comme déjà expliqué plus haut, en pleurs.

Pour tenter de donner une once de sens à ce vide scénaristique absolu, j’ai dû me résoudre à inventer moi-même un message poétique sur la fraternité féminine à la sortie de la séance, racontant à mes enfants que l’amour entre sœurs pouvait sauver l’univers entier, et ce, uniquement dans le but désespéré de les apaiser émotionnellement.

Mais le plus dévastateur dans ce constat pathétique, c’est que lorsque le pilote virtuel Fox McCloud est crânement apparu à l’écran, je n’ai pu m’empêcher de sourire bêtement comme un enfant, revoyant en un éclair la chambre de mon grand cousin et sa vieille console chérie.

Je sais intimement que la terrible machine marketing me reprendra sans doute au piège un jour ou l’autre, au nom d’une nostalgie devenue toxique, mais face à une tarification aussi absurde, la violente rupture entre le grand public populaire et la fréquentation des cinémas s’accélérera irrémédiablement.

❤️ L’animation d’Illumination, fluide, irréprochable et magnifique.
❤️ La bande son, fantastique réinterprétation orchestrale des thèmes musicaux cultes par le maestro Brian Tyler.
❤️ Les caméos nostalgiques, avec Fox McCloud en tête, les Pikmin…

💔 Le récit narratif purement inexistant, lâchement sacrifié sur l’autel de la rentabilité et de la frénésie absolue du montage
💔 La 4DX, une agression sensorielle et visuelle continue n’offrant aucune respiration, aucun répit émotionnel, élevant l’hyperactivité au rang de norme cinématographique

Note : 41,67/100

Super Mario Galaxy Le Film, en 4DX du moins, est une overdose sensorielle assumée qui fait fuir les plus jeunes tout en rançonnant la nostalgie des plus vieux.


ProductionIllumination Studios Paris
Illumination Entertainment
Nintendo
Universal Pictures
RéalisationAaron Horvath
Michael Jelenic
ScénarioMatthew Fogel
Sortie2026
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